"La sous traitance, c'est la maltraitance"

Entretien avec Rachel, gréviste à l'IBIS de Batignolles

Octobre 2019

Pour soutenir les grévistes : https://www.lepotcommun.fr/ooz7r5n8

"On est là, on est là, même si l'IBIS ne veut pas de nous, on est là". Avec ses collègues, Rachel Kéké anime le piquet de grève de l'hôtel IBIS Batignolles depuis le 17 juillet 2019 à coup de percussions en tous genres et slogans sans équivoque : "Pour les droits des travailleurs et un salaire meilleur, nous on est là"., "L'esclavage, c'est fini ! La maltraitance, c'est fini !". Elle travaille comme gouvernante d'étage depuis 2003, dans cet hôtel parisien, dans le 17ème ou elle a connu 4 sous traitant jusqu'au dernier en date, la société de nettoyage STN qui a reprise le marché il y a 2 ans 1/2.

Est ce que tu peux nous expliquer quelles sont vos conditions de travail dans l'hôtel ?

STN donne à chaque femme de chambre 30 chambres à faire en 4 heures. En réalité, elles travaillent 7 heures mais les heures supplémentaires ne sont pas payées. C'est comme ça qu'ils font du profit, en diminuant les effectifs et en augmentant les cadences.

Nous les gouvernantes, on contrôle jusqu'à 110 chambres par jour! Et quand on refuse de prendre les chambres, pour les salariéEs en CDD ça veut dire pas d'embauche, pour les salariéEs en CDI, ce sont les menaces. Pareil pour celles qui sont malades ou handicapées à cause de ce boulot. C'est ce qui nous a pousséEs à commencer la grève, on n'en pouvait plus. On a alerté tout le monde mais personne ne nous a écoutéEs. Au bout d'un moment, les filles ont dit "Stop, ça suffit, les chambres on n'en veut plus". On s'est toutEs syndiquéEs et on a commencé la grève.

Votre première revendication c'est l'internalisation : pourquoi ?

La sous-traitance, c'est la maltraitance. Elle profite, menace, maltraite les salariéEs. Même les collègues qui travaillent directement pour l'hôtel nous disent "Ca fait des années que vous travaillez ici et qu'on profite de vous". C'est pour ça qu'on préfère être en contact direct avec l'IBIS, d'autant que notre métier est important pour l'hôtel : c'est nous qui faisons les chambres or les client sont là pour les chambres ! C'est nous qui leur faisant gagner de l'argent.

Ces dernières années, il y a eu plusieurs mouvements de grève importants dans la sous-traitance hôtelière et on constate à chaque fois que ls grévistes sont majoritairement des femmes, issues de l'immigration. Est ce que dans votre métier vous subissez des oppressions racistes et sexistes ?

Nous ça fait 2 mois qu'on est là. Nos collègues de Marseille (Conflit au NH Collection, ndlr) ça fait 4 mois qu'elles sont sur leurs piquets de grève, et aucune négociation sérieuse n'est commencée. Alors moi je me dis que, à cause de la couleur de notre peau, ils pensent qu'on est venuEs en Europe pour demander toujours plus et ne veulent pas nous répondre. ce qu'ils oublient, c'est qu'en France, on a des droits comme tous les travailleurs. Quand on est payé 4 heures pour 7 heures de travail, quand on est menacé, ils ne les respectent pas, alors on doit les réclamer.Ils nous demandent même de retirer nos Prud'hommes. S'ils n'avaient rien à se reprocher, ils ne nous demanderaient pas ça : ils savent qu'ils sont dans l'erreur et nous on ne lâchera rien. En tant que femme aussi, on a un traitement particulier. il y a 2 ans, une copine a été violée par un ancien directeur. La société sous-traitante ne l'a pas soutenu, par exemple en lui payant un avocat pour la procédure. Ils l'ont laissés comme ça : tant pis pour elle ! Si ça n'avait pas été une femme de couleur, peut être qu'ils l'aurait soutenue, peut être que les médias en auraient parlé. là, personne n'a pris cette affaire au sérieux, comme si elle avait menti, comme si tout avait été inventé. Or, c'est la réalité, IBIS sait très bien que ce viol a eu lieu. On ne devrait pas nous négliger comme ça : ce n'est pas parce qu'on est africains qu'il faut profiter de nous.

Qu'est ce qui vous motive pour vous battre et tenir bon dans ce conflit déjà long ?

C'est dans la lutte qu'on gagne. Il y a beaucoup de luttes dans notre secteur et on a toujours gagné parce que nos revendications sont justes. Même les clients de l'hôtel viennent nous voir et nous encouragent. Ca nous donne la force de tenir, de nous battre pour nous faire respecter, pour qu'on ne puisse plus profiter de nous. Même quand c'est dur, il faut tenir, c'est comme ça qu'on obtient la victoire.

 

LE TRAVAILLEUR PAUVRE est une FEMME

 

MATHILDE GOANEC

 17 DÉCEMBRE 2018

Les femmes qui travaillent souffrent davantage que les hommes de la pauvreté,

comme le souligne un rapport d’Oxfam. L’ONG accuse aussi Emmanuel Macron

de n’avoir pas tenu ses engagements sur l’égalité femmes-hommes.

     Beaucoup de commentateurs s’en étonnent : les femmes sont très nombreuses dans le mouvement des gilets jaunes. Même s’il faudrait faire l’analyse fine des spécificités de cette mobilisation (très locale, peu normée et peu hiérarchisée), au moins l’une des raisons est connue : les femmes sont les premières, même quand elles travaillent, à souffrir de la pauvreté.

    Oxfam, dans un rapport publié le 17 décembre, rappelle des chiffres toujours accablants, signe d’une véritable « ségrégation professionnelle ». Les femmes ont un meilleur niveau d’éducation que les hommes et occupent pourtant 55 % des emplois à bas salaires et 63 % des emplois non qualifiés.

La précarité s’accorde, encore aujourd’hui, très majoritairement au féminin : 70 % des emplois en CDD et en intérim sont occupés par des femmes, de même que près de 80 % des emplois à temps partiel, alors même qu’elles sont très nombreuses à vouloir travailler davantage.

     Le cercle vicieux de la pauvreté a alors vite fait de se refermer : plus d’un quart des femmes monoparentales sont des travailleuses pauvres, soit un million de femmes françaises.

Pour ces dernières, toutes les dépenses posent problème, l’entretien de la voiture, la sortie scolaire, l’achat de vêtements des enfants… Et le moindre accroc, un accident ou une maladie, peut conduire au bord du vide. Or entre 2000 et 2015, les maladies professionnelles reconnues ont augmenté de 155 % chez les femmes… contre 80 % chez les hommes. Le problème ne s’arrête pas à la retraite, que les femmes prennent en moyenne un an plus tard que les hommes, et avec une pension inférieure de 42 %.

     « L’instabilité des temps de travail, la pénibilité des tâches, l’insécurité de l’emploi, mais aussi les préjugés véhiculés sur les femmes au sein des entreprises sont autant de facteurs qui alimentent la spirale de la pauvreté », écrit Oxfam, qui rappelle opportunément que la pauvreté au travail est une « violence faite aux femmes » et doit être combattue comme telle.

     Oxfam n’évacue pas, dans cette description de la travailleuse pauvre, l’importance de la “double journée”, qui pénalise davantage les salariées. Les femmes consacrent une heure et demie de plus par jour que leurs compagnons aux tâches domestiques, soin des enfants ou famille dépendante compris. Ce qui freine leur carrière, leur capacité de formation et explique, en partie, les inégalités salariales. Les femmes restent surreprésentées dans douze familles professionnelles (87 secteurs de métiers référencés) peu rémunératrices, telles que les assistantes maternelles, les employées de maison, les aides à domicile et aides ménagères et le domaine de la santé, de l’éducation et du travail social en général.

     Au-delà de cet inventaire, Oxfam critique assez vertement l’inaction du gouvernement pour réduire les inégalités femmes-hommes au travail, alors même qu’Emmanuel Macron en a fait une cause prioritaire de son quinquennat. « À l’heure actuelle, les réponses politiques en France ne sont pas à la hauteur des enjeux et de l’urgence », souligne Oxfam.

     Les critiques portent notamment sur la loi sur la « liberté de choisir son avenir professionnel » de Muriel Pénicaud, adoptée l’été dernier, rétrécie par rapport aux ambitions initiales quant à la réduction des différences de salaire. L’idée d’agir dès le logiciel de paye pour calculer les écarts a été abandonnée, remplacée par la création d’un index des salaires que l’entreprise devra rendre public, dans une logique de “name and shame”. La ministre du travail a également promis que les contrôles de l’inspection du travail seraient renforcés.

     Mais rien pour encadrer davantage le temps partiel, qui continue de faire florès. La réforme du code du travail, dans le cadre des ordonnances Pénicaud de septembre 2017, en accroissant la flexibilité de l'emploi, a été considérée par plusieurs associations et porte-parole féministes comme doublement pénalisante pour les femmes salariées.

Le plan pauvreté, annoncé en septembre 2018, s’est concentré sur les familles très pauvres, le plus souvent sans emploi. Les femmes qui travaillent peuvent se consoler avec l’annonce d’un coup de pouce de 100 euros environ sur le Smic, obtenu dans le cadre de la bataille des gilets jaunes, mais dont la mise en œuvre reste très floue. Oxfam, à l’instar de la plupart des associations féministes, garde aussi en travers de la gorge le travail de sape de la France concernant le projet de directive européenne pour rallonger et mieux rémunérer le congé parental.

     Emmanuel Macron lui-même s’est opposé au texte européen, jugé trop coûteux pour la France, et qui a donc été adopté dans une version très diluée. Reste l'hypothèse d'un congé maternité pour les travailleuses indépendantes, comme les agricultrices, qui fait son chemin au sein du gouvernement. Quant à un allongement du congé paternité pour les hommes et à la possibilité de le rendre obligatoire, l'exécutif a repoussé l’idée… à plus tard.

Emploi : les inégalités femmes-hommes perdurent

Un article de Marie CHARREL in "Le Monde" du 03/10/18

      A 1ère vue, le signal est encourageant. En août, le taux de chômage des femmes s'est établi à 8,5% contre 9,3% un an plus tôt, selon les chiffres publiés le 1er octobre 2018 par Eurostat. En moyenne il est un peu supérieur à celui des hommes (7,8%).

 Mais ce n'est pas vrai partout : dans 12 des 28 pays membres de l'Union européenne, le taux de chômage féminin est désormais plus bas que celui des hommes.

     C'est notamment le cas en France (9,1% contre 9,5%), en Allemagne (2,9% contre 3,8%) et en Belgique (6,4% contre 6,6%).

Ce tableau tranche avec la tendance observée avant la crise dans l'Hexagone, le chômage féminin était plus élevé depuis des décennies.

    Cela s'est inversé en 2013, comme chez beaucoup de nos voisins. "Il est néanmoins trop tôt pour savoir si cela va durer" remarque Margaret MARUANI, sociologue au CNRS, car cette évolution tient beaucoup à la nature de la récession : nombre d'emplois ont été détruits dans l'industrie, secteur plutôt masculin, tandis que ls créations de postes sont aujourd'hui fortes dans le tertiaire, où les femmes sont plus présentes.

    Surtout, quel que soit son niveau, le taux de chômage n'apprend rien sur les femmes exclues ou sorties du marché du travail - et donc, non recensées parmi les demandeurs/euses d'emploi. "Ce n'est pas l'indicateur le plus pertinent pour appréhender les inégalités de genre au travail, complexes et multifactorielles" souligne Olivier THEVENON, membre de l'OCDE.

    Voilà pourquoi les experts préfèrent regarder d'abord le taux d'emploi, mesurant la part des personnes en poste parmi celle an âge de travailler. Dans la zone euro, celui des hommes est supérieur de 11,2 points à celui des femmes (76,6% contre 65,4%). Mais cet écart, souvent plus élevé dans le sud de l'Europe, varie beaucoup d'un pays à l'autre : il est de 19,8 points en Italie et de 26,1 points à Malte contre 7,9 points en France et en Allemagne. Sans surprise, les pays nordiques, en avance en matière d'égalité des genres, affichent des différences plus fines encore : 4 points seulement en Suède.

    Se référer au seul taux d'emploi n'offre néanmoins pas un tableau complet. "Il n'y a de sens que si on le compare dans le même temps au temps partiel, dont l'usage varie beaucoup selon les cultures" précise Hélène PERIVIER, spécialiste du sujet à l'Observatoire français des conjonctures économiques. Les néerlandaises et les allemandes affichent ainsi un taux d'emploi élevé (72,8% et 75,2%), mais elles sont fréquemment à temps partiel : c'est le cas de 77% contre 46,4% d'entre elles, contre 35,7% en zone euro.

A l'inverse, les italiennes et les grecques en poste sont plus souvent à temps plein... Mais elles sont beaucoup moins présentes sur le marché du travail, avec un taux d'emploi de guère plus de 50%.

    Dans tous les cas, une chose est sûre : plus elles ont d'enfants moins les femmes travaillent, quelque soit le pays. En France, le taux d'activité des mères en couple avec un enfant de moins de 3 ans était ainsi de 80% en 2016, selon l'INSEE. Mais il chute à 42% pour les mères de 3 enfants, dont un de moins de 3 ans, tandis que celui de leur époux, lui, ne varie guère.

 

    Au regard de la situation qui prévalait après guerre, les progrès sont néanmoins considérables. "La réussite scolaire et universitaire des filles s'est traduite, dès les années 70, par la montée progressive du taux d'activité des femmes" rappelle Margaret MARUANI. Dans les pays industrialisés, elles obtiennent aujourd'hui de meilleurs résultats scolaires et sont plus qualifiées : 43,1% des européennes de 30-34 ans ont ainsi un diplôme de l'enseignement supérieur contre 33,6% de leurs camarades de l'autre sexe. En France, elles sont désormais aussi nombreuses que les hommes à décrocher des emplois de cadres à la sortie de leur formation.

"Mais en dépit de leurs meilleurs diplômes, elles sont toujours moins bien payées que les hommes, de 16% environ en zone euro, tandis qu'elles consacrent 7 heures de plus qu'eux par semaine aux tâches ménagères" souligne  Jolanda REINGARDE de l(Institut européen pour l'égalité des genres, une agence publique européenne. Constatés dès l'embauche, les écarts de rémunération se creusent lors de la naissance du 1er enfant.

 

   Pour tenter de faire bouger les lignes, l'Union européenne et l'OCDE multiplient les forums sur ce sujet. Car il n'est pas seulement question d'égalité : augmenter le taux d'emploi des femmes est également essentiel pour assurer le financement de la protection sociale à long terme. "Selon nos estimations, le moindre emploi féminin coûte 370 milliards d'euros par an à l'Europe, soit près de 3% du produit intérieur brut" détaille Massimiliano MASCHERINI de la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound).

    L'expérience des pays nordiques  montre que les système de garde de la petite enfance sont fondamentaux pour permettre aux femmes de concilier carrière et maternité. Tout comme les mécanismes incitant - voire contraignant - les pères a vraiment prendre leur part de congés parentaux. "Il n'en faudra pas moins pour faire bouger les mentalités du côté des hommes et des entreprises, où se situent aujourd'hui les principaux freins" conclut Olivier THEVENON. A l'exemple du système islandais où chacun des parents a droit à un congé de 3 mais à 80% du salaire, puis à 3 mois supplémentaires à se partager. Et les entreprises ne respectant l'égalité salariale sont soumises à des amendes ...

         
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