Cela fait maintenant plusieurs semaines (06 août 2021) que Herwann Asseh, chorégraphe et directeur artistique de la compagnie Moral Soul à Brest, a été mis en examen et interdit de paraître en Finistère pour corruption de mineures, agressions sexuelles et viols, suite à une plainte déposée par huit jeunes femmes.

 

     Dans le communiqué du Planning Familial (06 août 2021) :

« Les faits auraient été commis entre 2009 et 2021, alors qu’elles étaient mineures et auraient eu lieu dans la voiture, à son domicile, dans des résidences lors de déplacements, dans des lieux publics tels que les plages de la région et aussi dans son studio « la Gare » au Relecq Kerhuon »

 

    Il a le droit à la présomption d’innocence, c’est une évidence.

 

     La justice fera son travail et on sait qu’elle prend très au sérieux les affaires de violences sexuelles.

 

    Si en début septembre, des communiqués de soutien aux victimes ont paru (Le Télégramme et Ouest France du 03 et 04 septembre 2021), nous voyons publier dans le journal Ouest France des 11/12 septembre 2021 ce qui peut s’apparenter à un plaidoyer en faveur d’Herwann Asseh.

 

   Ces voix qui s’expriment « artistes connus », agent de sécurité, chargée de production, ex-détenu …réagissent au « sort » réservé à Herwann Asseh.

Comme toujours, les pensées vont pour l’homme « Ce n’est pas possible. Je ne connais pas cette personne que vous décrivez. Ce ne peut pas être Herwann Asseh » « Après les spectacles, Herwann Asseh était entouré d’une cour d’admirateurs. Les fans se bousculaient… ».

 

    Et nous, nous sommes stupéfaites par le peu d’égard réservé aux plaignantes.

   Ces stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle insultent les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui tiennent à la dignité humaine et qui luttent au quotidien pour faire avancer l’égalité femmes-hommes.

 

    La décence c’est aussi de ne pas oublier les femmes qui ont peut-être subi des actes odieux et vivent des moments très difficiles. Nous connaissons, nous les femmes, la difficulté à briser le silence, à dire non pour rendre visible la domination masculine.

 

   Notre pensée va donc vers elles et nous saluons le courage de ces femmes car nous connaissons trop les ravages des violences sexuelles et du harcèlement sexuel : démission, mort à petits feux, perte de l’instinct vital, dépression…

 

    Elles ont droit à la présomption de victimes.

 

   Que les faits soient avérés ou pas, nous retrouverons dans ce plaidoyer les ingrédients auxquels nous sommes systématiquement confrontées quand nous accompagnons des femmes victimes de violences : mise en cause de la crédibilité des victimes, solidarité immédiate pour l’agresseur présumé, misogynie, arrogance de classe, propos qui tendent à minimiser la gravité des violences sexuelles.

    Propos qui envoient un message simple aux victimes présentes et futures : « Ne portez pas plainte ! »

 

   Ces personnes, qui immédiatement dans un réflexe d’autoprotection, manifestent leur admiration comme un soutien à Herwann Asseh, nous renseignent sur la façon dont on traite, dans nos sociétés, les femmes qui ont subi des violences : la parole d’un homme vaut toujours plus que celle d’une femme !

 

   Ces propos montrent à quel point la réalité des violences faites aux femmes est minimisée et comment sont méconnus les processus à l’œuvre utilisés par les agresseurs pour se dissimuler et réfuter les accusations.

   De la part de personnes qui prétendent incarner notre culture, c’est particulièrement inquiétant… Il nous reste vraiment du chemin à faire.

   Pour soutenir : adresser votre signature à assehdeviolence@gmail.com en notant vos prénom, nom et fonction.

 

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En pièce jointe :  le texte de Ouest France du 11/12 septembre

Le danseur Herwann Asseh, paradoxe ambulant

In Ouest France 11/12 septembre 2021

 

Choc et sidération, dans le milieu culturel brestois, devant la mise en examen pour viols et agressions sexuelles commis sur des mineures, du chorégraphe et directeur artistique de Moral Soul

 

Enquête

« Ce n’est pas possible. Je ne connais pas cette personne que vous décrivez. Ce ne peut pas être Herwann Asseh.. .» Cette sidération devant la mise en examen du chorégraphe, le vendredi 06 août, pour corruption de mineurs, agressions sexuelles et viols, revient sans cesse. Une sidération partagée par ceux et celles auditionnés pendant l’instruction. Choqués par les contradictions que révèle l’enquête sur une personnalité contrastée, un paradoxe ambulant.

 

Charisme hors cadres

 

« On ne peut nier son charisme, son aura, son pouvoir d’attraction hors normes », confirme un artiste connu. « Après les spectacles, Herwann Asseh était entouré d’une cour d’admirateurs. Les fans se bousculaient… » Un agent de sécurité se souvient : « Au final d’une représentation, on a dû faire évacuer la salle, le public le public ne voulait pas le lâcher. »

Aurait-il abusé de cette aura ? « Herwann Asseh a toujours évolué hors cadres, analyse une chargée de production mais ça ne l’a jamais empêché de réussir ses projets. Il était capable d’accomplir, seul, des travaux d’envergure dans un équipement prêté par la collectivité, sans demander d’autorisation. Et ça passait… »

Sidération, encore, parmi ceux qui ont croisé ce chorégraphe très actif en milieu carcéral : « Je n’aurais pas eu le même chemin de vie si je n’avais pas croisé Herwann Asseh ; je me suis reconstruit grâce à lui, à la capoéira et au hip-hop, raconte cet ex-détenu. Il m’a, littéralement, fait sortir de l’ombre. »

Idem pour ces jeunes athlètes révélés via le parkour, ce sport qui chorégraphie la mobilité et la course en milieu urbain : « J’étais un jeune de quartier mal barré, déclare ce « traceur ». Il m’a aidé à trouver ma voie, à me tenir droit. »

 

2000 messages passés au crible

 

Très physique, Herwann Asseh montait des spectacles performants, en évoquant le dépassement de soi : « Je n’ai jamais vu un geste déplacé de sa part, jamais senti de dérapage, jure une interprète qui a, aussi, joué le rôle du « regard extérieur » pendant les répétitions. J’ai parfois, senti des tensions dans la compagnie. Mais c’est normal qu’il y ait des frictions entre le chorégraphe et les interprètes. »

Comme l’immense majorité des mis en examen au XXIème siècle, son téléphone – 2000 messages passés au crible ! – est devenu son pire ennemi. Difficile d’oublier avoir envoyé un message comme : « J’ai adoré cet après-midi passé ensemble. Il faudra le refaire. Mais surtout, n’en parle pas aux autres, elles seraient jalouses. »

Elles se sont parlé, elles en ont parlé. « Polyamoureux, non exclusif, surtout pas polygame », ironise, amère, une ex-amie. Qui remarque que les jeunes femmes qui ont porté plainte contre le chorégraphe « sont présentes sur les images prises en octobre 2020, pour les 20 ans de Moral Soul ».

Des plaignantes qui, selon le communiqué du Planning familial, « Souhaitent, en outre, pointer du doigt la glamourisation des relations abusives, notamment commises par des personnes influentes ».

 

« Fusion artistique »

 

« Je me souviens voir débarquer, de nulle part, cette jeune fille persuadée d’intégrer la compagnie alors que son inexpérience était évidente, confie l’administratrice d’un théâtre.  Étrange ? ou typique ? Si le chorégraphe, ce tout-puissant, l’imposait, qui pour le contredire ? »

Certaines relations, forcément, posent questions. « Vous êtes ensemble à la ville comme à la scène ? » Aux interrogations fréquentes, sur la nature de la complicité qui pouvait lier sa danseuse vedette et le chorégraphe, le duo répondait, invariablement : « Nous vivons une fusion artistique. » Une contradiction, encore, que vient réveiller un autre SMS d’Herwann Asseh : « Pour bien danser, écrit-il à une danseuse, il faut être libérer sexuellement. »

De là à analyser sa trilogie, consacrée aux rapports femmes-hommes, à la sombre lumière des accusations portées ? Du-All met en scène un coup de foudre ; Manibus est centré sur les différences et les stéréotypes. Et F(h)ommes, axé sur le couple sous toutes ses formes…

« Des amalgames absolument ridicules ! réagit une danseuse. Si ses spectacles se cristallisaient sur le corps des femmes, c’était une danse inscrite dans notre époque, avec un discours féministe, un ton militant. Je n’ai jamais éprouvé de sensation de détournement, de posture subversive. »

 

Enjeux de société

 

Par la voix de son avocat, le chorégraphe a récemment rappelé aux élus de Brest Métropole « Qui tiennent pour acquis qu’il serait coupable », la présomption d’innocence : « Herwann Asseh réserve sa position ainsi que ses éléments de défense au magistrat instructeur, souligne maître Quantin. Il souhaite que la justice pénale puisse investiguer sereinement pour permettre la manifestation de la vérité. »

Troublant. « Ce n’est pas seulement une affaire de justice, observe un avocat. En plein #metoo, c’est, aussi, une affaire en vibration avec nos enjeux de société. »

 

                                                                       Frédérique GUIZIOU

Asseh des violeurs